Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 18 mai 2006

Blog & Politique...

Paris14.info était ce matin l'invité de l'équipe de Blog & Breakfast sur le thème "Blog & Politique : le débat public en un clic ?".

Alors Lambert + Wolton (no logo, no blog !) + Versac + Gilles Klein + Mathieu Maire du Poset (Jack Lang.net) + Pierre Vallet, ça donne quoi ? Premier compte rendu par Geoffrey ici.

Camille

Politique des transports : un bilan mitigé

Tandis que le Plan de Déplacement de Paris débarque longtemps après la mise en œuvre d’une intense politique des transports (le contraire eut été souhaitable), l’ATCD (Adepte des Transports en Commun et Doux) que je suis ne peut s’empêcher de faire un bilan mitigé. Certes, reconnaissons à la Mairie de Paris le mérite d’avoir osé prendre des initiatives pour améliorer la qualité de l’air parisien. Mais, pour reprendre un proverbe japonais, "une vision sans action est un rêve, l’action sans vision est un cauchemar".

Pas question ici de tomber dans le piège des clivages politiques gauche-droite ni de jouer avec les chiffres. Le constat repose intégralement sur des données officielles (toutes les sources sont vérifiables et mentionnées à la fin de cet article). Comparée à de formidables expériences menées par des élus de tous bords, la politique de transport à Paris est loin d’être satisfaisante et passe à côté de l’essentiel.

Les couloirs de bus

Le temps de trajet a diminué de… 5 petites minutes car les embouteillages générés (av. du Maine, place du 18 juin 1940…) limitent ce gain de temps. Les bus sont déjà bondés et quasi aucun nouveau véhicule n’est financé : impossible d’accueillir de nouveaux voyageurs. Seul le métro a vu sa fréquentation augmenter ces dernières années pour arriver aujourd’hui à saturation aux heures de pointe. Comment, dans ces conditions, convaincre des automobilistes d’abandonner leur voiture ?

Baisse de pollution et de circulation ?

Des grands axes auparavant fluides se retrouvent congestionnés (même au milieu de la journée) engendrant un accroissement local de la pollution et des nuisances sonores. La baisse de pollution tant vantée n’a rien de nouveau :
- la baisse des taux de dioxyde d’azote et de monoxyde de carbone est liée à l’installation de pots catalytiques (depuis 1992 où le pot est devenu obligatoire, ces taux diminuent régulièrement)
- la baisse des taux de dioxyde de soufre et de benzène est liée à la diminution de leurs proportions respectives dans le carburant (octobre 1996 pour le SO2, 1997 pour le benzène).
- les concentrations de particules PM10 sont stables et homogènes depuis 8 ans
- le taux d’ozone continue à augmenter.

...Quant à la baisse de la circulation de 14% constamment citée, il apparaît dans le « Bilan Déplacement 2004 » qu’elle n’a baissé que de -10.7% sur le réseau instrumenté (= les grands axes) sur la période 2001-2004 (exit les petites rues empruntés par les automobilistes excédés) après une diminution tout de même de 8% entre 1998-2001. Notez que la diminution de la circulation est un schéma se retrouvant dans toutes les grandes villes de France, même en l’absence de politique de transport. Suffirait-il que le prix des carburants augmente pour que l'ensemble des Mairies de France puisse afficher un bilan favorable en matière de luttre contre la pollution atmosphérique automobile ? Dans le doute, nous inviterons nos édiles nationaux à une certaine modestie dans les bilans qu'ils présentent...

De plus, d’après la composition du trafic, si le nombre de voitures particulières a baissé (–4.5% depuis 2001), ceux des véhicules utilitaires et des deux roues motorisés ont augmenté (respectivement +3 et +10% depuis 2001). Or, les véhicules utilitaires et les mobylettes de livraison circulent beaucoup sur de courtes distances, soit les déplacements les plus polluants au km.

Enfin, il demeure scientifiquement impossible de déterminer si les pics de pollution ont baissé tandis qu’ils offrent les conditions les plus éprouvantes pour notre santé et tout particulièrement celle des personnes les plus fragiles.

Réseau de transport

Paris (et sa banlieue) ne compte pas une seule nouvelle ligne de bus ou de métro (notamment pour combler l’absence d’un réseau transverse tant réclamé en banlieue) - à l'exception notable de notre Traverse Bièvre-Montsouris dont chacun jugera l'impact modeste sur le niveau de pollution en Ile-de-France...

Le tramway des Maréchaux a quant à lui coûté 311,51 millions d’euros (or dépassements avérés puisque ce chiffre n’a pas été modifié depuis 3 ans). Financé par la Mairie de Paris, l’Etat, la RATP et la Région Ile de France, cet investissement représenterait l’équivalent d’environ 1900 bus, quand tout Paris intramuros en compte 1347 !!! Un investissement justifiable ? Au vu de l’urgence à améliorer ou créer des lignes ailleurs - car, rappelons le, le tram ne crée aucune nouvelle desserte, il remplace le bus PC sur une portion de son trajet - nous vous en laisserons juges...

Pistes cyclables

Saluons tout de même la création de pistes cyclables... Encore faut-il savoir de quel type de piste cyclable on parle ? Doit-on compter comme kilomètre de piste cyclable créé les couloirs de bus élargis ou vélos et 30 tonnes s'ébrouent en compagnie de taxis toujours prêts à valider leur réputation de VGV (véhicules à grande vitesse) ? Doit-on compter les kilomètres de la rue Saint-Jacques, matérialisés par deux stickers aux sol ? Doit-on ôter de ce calcul les kilomètres créés sous l'ère Tibéri laissés à l'abandon (avenue René Coty par exemple) ? Sans omettre le problème non résolu de l’absence totale de parkings sécurisés pour vélo ?

Réduire le nombre de voitures passe d’abord par une augmentation des capacités et de la qualité des transports en commun, soutenue par une éducation de la population. Vous ne pouvez pas décemment obliger des conducteurs pas très motivés à lâcher leur véhicule s’ils n’ont pas d’alternatives autres que des transports en commun déjà bondés et exploités à pleine capacité.

Pourtant, aucune mesure incitative ou campagne éducative n’ont été mises en place. Pourtant, il y a de quoi faire : voies réservées aux voitures transportant 2 passagers (surtout aux heures de pointe), campagne d’information pour l’adoption d’une conduite souple avec des pneus bien gonflés (jusqu’à 30% de carburant économisé), taxe des pollueurs (y compris camions, flottes commerciales et cars épargnés à l’heure actuelle) avec abattement réel pour les véhicules aux émissions faibles, camions poubelles et parc automobile de la Mairie de Paris électriques, aide financière pour l’achat d’un vélo ou d'un vélo électrique…

Ces mesures sont quasiment toutes applicables immédiatement. Quand on fait de l’environnement son cheval de bataille politique, encore faut-il agir avec un minimum de bon sens, en bâtissant une vraie stratégie en amont visant le long terme… On ne retape pas une vieille grange en se contentant de repeindre ses murs… De l'urgence d'un Agenda 21 !

Angélie

Plus d'info :
+ Visiter le site d’airparif pour l’historique par année des qualités de l’air (http://www.airparif.fr/page.php?rubrique=indices&arti...
+ Lire également leur édition 2006 de "atmosphère capitale" : http://www.airparif.asso.fr/airparif/pdf/atmosphere_capit...
+ Consultez le bilan des déplacements 2004 (le 2005 n’est pas disponible) :
http://www.paris.fr/portail/deplacements/Portal.lut?page_...
+ Financement du tramway (site officiel):
http://www.tramway.paris.fr/tram.asp?section=E&lapage...